Les animaux du roi à Versailles

Date : 22/10/2021
Lieu : Bordeaux Inscription

Nicolas Milovanovic
Conservateur en chef. Département des Peintures. Musée du Louvre

 Nicolas Milovanovic est conservateur en chef au musée du Louvre depuis 2012, après onze années passées comme conservateur au musée national du château de Versailles. Docteur en histoire de l’art de l’université Paris IV (2003) et spécialiste de la peinture française du XVIIe siècle, il est a été le commissaire de plusieurs expositions majeures présentées au château de Versailles, au Louvre et au Louvre-Lens : Louis XIV en 2009, Versailles et l’antique en 2011, Poussin et Dieu en 2015, Le Mystère Le Nain en 2017. Il enseigne l’art du XVIIe siècle (Histoire Générale de l’Art) en troisième année à l’Ecole du Louvre depuis 2007.

Aménagé en pleine campagne, au cœur de la grande forêt giboyeuse d’Ile-de-France, Versailles a favorisé le développement d’un nouveau rapport au monde animal. Une Ménagerie y a très tôt été aménagée : elle s’est imposée comme une référence à l’échelle de l’Europe. Les animaux de la Ménagerie serviront à Claude Perrault pour son Histoire naturelle, mais aussi aux dissections menées dans le cadre de l’Académie royale des Sciences, puis aux naturalisations menées à bien pour Louis XV (rhinocéros) et Louis XVI (couagga : espèce de zèbre aujourd’hui disparue). Par sa rareté et la beauté de son espèce, l’animal collectionné acquiert ainsi une valeur politique liée au prestige du roi collectionneur, en rivalité avec les autres souverains européens.  La nature symbolique et politique des animaux sauvages se déploie dans les décors intérieurs de Versailles. Les animaux domestiques étaient partout présents à Versailles. Les appartements étaient encombrés de niches. De même, de nombreuses volières ont été installées dans les endroits les plus inattendus. Les animaux de compagnie agrémentaient le quotidien des petits princes, comme de nombreux portraits le rappellent, de Mlle de Tours par Mignard à Madame Royale par Vigée-Lebrun. Les souverains eux-mêmes s’entouraient de leurs animaux de prédilection, comme les chats de Louis XV et de Marie Leszczynska. Le lecteur de celle-ci, Paradis de Moncrif, est l’auteur de la première histoire des chats qui lui valut les quolibets de ses confrères à l’Académie. La cour de Versailles est ainsi à l’origine d’une meilleure compréhension du monde animal et surtout d’une évolution majeure de la sensibilité à son égard. Cette évolution s’oppose à la vision cartésienne de l’animal machine en ce qu’elle abolit la frontière homme-animal en humanisant les animaux. Elle se fonde sur un renouvellement du regard porté sur les espèces, dans toute leur variété, qu’elles soient exotiques, sauvages ou domestiques.

Ill., Jean-Baptiste Oudry, Lévriers, Oiseaux

 

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