« Une voix qui crie dans le désert ». La figure de l’ascète dans la Renaissance italienne

  • Saint Jérôme, vers 1570-1575, détail.

 

Par Anne-Laure Connesson,

historienne de l’art. Docteur en histoire de l’art, Anne-Laure Connesson a soutenu sa thèse sur L’héraldique sculptée à florence de Donatello à Baccio da Montelupo. A la fin du XIIe siècle, Florence accède au statut de cité-état indépendante. Cette nouvelle identité s’affirme par la constitution de symboles qui la distinguent des cités voisines. L’héraldique sculptée, fondamentale dans la symbolique familiale et les enjeux politiques, connaît son apogée au XVe siècle, avec l’accession au pouvoir des Médicis. Cet art, méprisé par certains, fut pourtant pratiqué par les plus grands sculpteurs de leur temps (Donatello, Desiderio da Settignano, les della Robbia, Baccio d’Agnolo, Baccio da Montelupo,…). Cette recherche au croisement de l’histoire sociale et de l’analyse formelle aborde aussi une étude des stratégies de présentation, d’usage de la couleur et des matières.

Les peintres de la Renaissance ont peint à maintes reprises la figure de l’ascète dans divers lieux, bien souvent dans une grotte ou le désert. L’ascète du désert a pour compagnons naturels la faim et la soif. Non content de la frugalité que lui impose son cadre de vie, il s’acharne à multiplier les jeûnes. Il ne dort que le strict nécessaire, et jamais allongé, mais de préférence dans une position inconfortable, telle que debout appuyé contre un mur ou un rocher. Il aime prier de longues heures en plein soleil, à genoux, les bras en croix, ou debout sur une brique. Il est parfois représenté dans sa cellule, étroite, obscure, inconfortable. Certains artistes l’ont peint ou sculpté dans un ancien tombeau, dans une grotte à flanc de montagne. Saint Jérôme fut l’une des figures religieuses les plus représentées à la fin du Moyen-Age et surtout au cours de la Renaissance. Antonella da Messina peint son saint Jérôme en 1460, une des représentation des plus célèbres. Le saint est parfois accompagné d’un lion, de livres ou en train d’écrire, comme dans la non moins célèbre gravure de l’allemand Albrecht Dürer exécutée en 1514. Les plus grands artistes ont fait référence à leur saint Jérôme comme Léonard da Vinci, Georges de La Tour, Hans Memling et Lorenzo Lotto qui le situe dans un paysage rocailleux. Bien que les styles divergent, cette iconographie est la même en Italie comme dans les Flandres. La Renaissance italienne et sa conception du monde s’exportaient en effet largement au-delà de ses frontières, et les échanges avec les écoles flamande et allemande étaient extrêmement intenses.

 

  • Vendredi 3 février 2017. A 18 heures Athénée amphithéâtre Wrésinsky place Saint-Christoly
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