Un grand Maître flamand redécouvert : Gaspard de Crayer (1584-1669)

Alexis Merle du Bourg

Historien d’art, co-commissaire de l’exposition Entre Rubens et Van Dyck, Gaspar de Crayer 1584-1669

Titulaire d’une maîtrise en droit et d’un doctorat en Histoire de l’art obtenu à l’université de Paris IV-Sorbonne, ses recherches ont porté sur les rapports artistiques entre les pays du Nord et la France pendant la période moderne (XIe-XVIIIe siècles). Il a consacré sa thèse de doctorat à la réception de la personne et de l’œuvre de Rubens en France sous Louis XIII et Louis XIV.

Le public se passionne pour les artistes arrachés à l’oubli par les historiens de l’art et qui ont reconquis une place parmi les « grands maîtres ». Quant à ceux qui ont emprunté le chemin inverse d’un Vermeer redécouvert par Thoré-Bürger ou d’un Georges de La Tour « exhumé » entre 1915 et 1934, leur sort n’intéresse guère. Parce qu’elle permet d’appréhender les fluctuations de cette chose éminemment volatile qu’est le goût, la question du déclin de la notoriété d’un artiste constitue toujours un sujet pertinent. Longtemps considéré comme l’un des maîtres majeurs du XVIIe siècle flamand, voire comme un rival de Rubens, Gaspar de Crayer est aujourd’hui un artiste largement oublié. En lui consacrant une première exposition rétrospective en 2018, le musée de Flandre de Cassel n’avait pas seulement pour ambition de comprendre par quel mécanisme un peintre important, très représentatif de son temps, avait pu passer de la célébrité à l’oubli. Il s’agissait aussi de donner à voir une œuvre qualitativement remarquable constituant le meilleur plaidoyer possible pour son auteur. À l’aise dans les grandes « machines » réclamées par la religiosité de la Contre-Réforme comme dans des tableaux plus intimes, Crayer se révèle un peintre d’histoire et un portraitiste complexe, aussi passionnant que versatile. Émule atypique de Rubens et de Van Dyck, il mêle le grand souffle du baroque anversois avec des réminiscences flamandes bien plus anciennes, sans ignorer l’art italien, notamment vénitien. La « brève anthologie » réunie à Cassel avait aussi pour objet de convaincre la critique et les amateurs de peinture et d’art graphique de la nécessité de ménager, à nouveau, une place à Gaspar de Crayer dans le foisonnant XVIIe siècle. L’avenir dira si ce but a été atteint.

Ill. : Gaspard de Crayer, peinture, La Vierge et l’Enfant

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