Manet, Cézanne, Renoir, peintres d’histoire, peintres religieux et mythologiques. – Gilles Genty

Tous ces peintres se sont plu à explorer plusieurs thèmes. On peut se poser la question : qui sont-ils? des peintres religieux, des peintres mythologiques ou bien encore des peintres de la femme et de la nature. Dans la France de la fin XIXe siècle, alors que « Degas peignait Sémiramis et Manet le Paris moderne » et des scènes religieuses, que Renoir s’amusait à peindre des nudités voluptueuses, que Cézanne brossait quelques pommes dans un compotier, tous cependant ont loué la femme, sa beauté et sa sensualité. Reprenant ce qu’écrivait Meyer Shapiro « l’impressionnisme, dont l’existence même transforma la nature en un champ de vision personnelle et sensible, libre de tout formalisme et changeant selon le spectateur, fit de la peinture un domaine idéal de liberté

 En tentant d’exposer en 1863 le Déjeuner sur l’herbe, Manet s’attire presque immédiatement les foudres des milieux conservateurs qui excluent son œuvre du Salon. Si l’œuvre est provocante par son contenu érotique, elle l’est aussi parce qu’elle entretient une savante confusion entre les genres, entre l’impressionnisme de la touche et la permanence d’une iconographie traditionnelle, venant en l’occurrence du grand Raphaël. Père de la nouvelle école, Manet rêve en réalité de faire de l’Impressionnisme quelque chose de « fort comme l’art des musées ». Aux sources du cubisme, Cézanne n’affectionne pas moins l’art ancien ! En visitant son atelier d’Aix, n’est-ce un plâtre du XVIIIe siècle que nous découvrons ? Admirateur dans ses jeunes années du Greco, de Zurbaran, de Vélasquez, de Titien, ou encore de Delacroix, il multiplie les copies, puis transforme ces motifs du passé en des compositions contemporaines. Les sujets religieux affleurent souvent sous des scènes en apparence anodines. Ses Grands baigneurs, achevés en 1906, sont ainsi, par l’intégration des figures au paysage, un des plus beaux hommages de l’impressionnisme à Nicolas Poussin. Les œuvres de maturité de Renoir inclinent elles aussi vers le classicisme, en reliant le XVIIIe siècle de Fragonard et de Boucher avec les audaces de la perspective atmosphérique ; autant d’audaces qui seront suivies de près par les jeunes peintres contemporains comme Bonnard, Matisse, et … Picasso !    

 

 

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