Les natures mortes de Chardin : le propre de l’œuvre

  • Table de cuisine avec maquereaux pendus, 1769, détail.

 

Par Etienne Jollet,

professeur d’histoire de l’art moderne université Paris I Panthéon-Sorbonne. Après avoir été professeur d’histoire de l’art à l’université d’Aix-Marseille, il enseigne maintenant l’histoire de l’art moderne à la Sorbonne. Agrégé de lettres modernes, ancien élève de l’Ecole du Louvre, titulaire d’un doctorat de l’Ecole des hautes études en sciences sociales sur Figures de la pesanteur. Fragonard, Newton et les hasards de l’escarpolette, ses centres d’intérêts l’ont porté à l’étude des discours sur l’art, notamment la critique en France au XVIIIe siècle, et l’historiographie de l’histoire de l’art. il s’intéresse tout particulièrement à la question de la symbolique dans l’art et à son inscription dans l’espace visible.

Les premières œuvres datées de Chardin sont des natures mortes ou de grandes compositions spectaculaires comme, en 1728, Le Buffet accompagné par de splendides pendants, La Perdrix morte et Les Deux lapins morts. De ces mêmes années, datent de petites natures mortes domestiques, Le Menu de gras et le Menu de maigre, et de nombreuses tables de cuisine qui ne varient parfois que par la place d’un poireau, l’addition d’un œuf, l’accrochage d’un hareng ou d’une côtelette. Même si Chardin peint des scènes d’intérieur où une femme – la sienne – lit, apprend à chanter à son serin, il n’arrête certainement pas pour autant de peindre des natures mortes. Dans la Table d’office ce sont des bocaux d’olives ou d’abricots, qui sont représentés dont la transparence du verre fait mieux apprécier la densité des fruits. Mais cela peut être aussi d’humbles trophées de chasse. C’est également le retour aux ambitieux dessus-de-porte allégoriques avec, en 1765, les Attributs des Arts et de la Musique pour le château de Choisy ; en 1766, les Attributs des Arts et des récompenses qui leurs sont accordées, commande de Catherine II de Russie qui possédait déjà cinq peintures de Chardin et, en 1767, les Attributs de la musique civile et de la musique guerrière pour le château de Bellevue. Ces cinq toiles somptueuses constituent une sorte d’apothéose de Chardin, peintre de natures mortes. Il prouve dans ses divers tableaux d’attributs, d’une apparente simplicité et bien plus sophistiquée qu’il n’y paraît au premier abord, une maitrise inimitable dans la composition, dans l’accord des couleurs, dans les oppositions de matériaux, dans leur groupement, dans la façon de faire chatoyer les étoffes, les cuivres, le bois, le marbre, le cuir, la passementerie, accordant le tout dans une somptuosité qui n’exclut jamais l’exactitude des objets représentés. Autant de qualités picturales que reconnut Diderot.

 

  • Vendredi 27 janvier 2017. A 18 heures Athénée amphithéâtre Wrésinsky place Saint-Christoly

 

 

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