L’église en ruine : une image mémorielle

Mathieu LOURS

Historien de l’architecture. Professeur, université Cergy-Pontoise. 

Il enseigne l’histoire des arts en classes préparatoires aux grandes écoles et l’histoire de l’architecture à Cergy-Paris-Université. Ses travaux portent essentiellement sur les cathédrales et sur l’architecture religieuse à l’époque moderne, avec des ouvrages comme L’Autre temps des cathédrales ou le Dictionnaire des cathédrales. Avec Eglises en ruine, publié en 2020 aux Editions du Cerf, il propose un essai sur un des aspects les plus fascinants et méconnus du patrimoine français et européen.

Depuis plusieurs siècles, les images d’églises en ruine marquent le patrimoine de la France. Qu’il s’agisse de ruines monumentales, de ruines figurées par les artistes, ou de leur évocation littéraire, ces monuments détruits mais dont les vestiges demeurent ont un sens particulier. L’image de Notre-Dame de Paris au lendemain de l’incendie nous renvoie à l’importance de l’édifice ruiné par un désastre, mais la plupart des églises en ruine sont avant tout des témoins de l’histoire. Les invasions barbares, les guerres de Religion, la Révolution française puis les deux guerres mondiales constituèrent des hécatombes d’églises. A cela s’ajoutent les accidents et les abandons. La plupart de ces églises furent soit relevées, soit totalement détruites.‌ Cependant, les vestiges de certaines furent conservés. Pourquoi ? Par les hasard des intérêts financiers, mais aussi dans une volonté apologétique, puis dans une volonté historique et patrimoniale, surtout à partir du XIXe siècle, avec le creuset que constitue à cette époque la ruine romantique, souvent gothique, parfois religieuse. Aujourd’hui, depuis l’abbaye de Jumièges jusqu’à celle de Cluny, les églises en ruines constituent des lieux particuliers dans lesquels l’histoire de l’architecture rejoint l’émotion patrimoniale.

Ill . : Eglise Saint Martin, le chevet,  Cocumont, Lot et Garonne

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