La souricière du diable. « Le Triomphe de la mort » de Pieter Bruegel comme image piège

Michel WEEMANS

Docteur de l’EHESS, professeur d’histoire de l’art à l’École Nationale Supérieure d’Art de Bourges

Spécialiste de l’art flamand du XVIe siècle et du paysage, il a publié plusieurs ouvrages parmi lesquels Herri Met de Bles (Hazan, 2013), et a codirigé la publication de l’ouvrage Voir double. Pièges et révélations du visible (Hazan, 2016). Il a été co-commissaire de l’exposition « Fables du paysage flamand. Bosch, Bles, Bruegel, Bril », Palais des Beaux-Arts de Lille (2012-2013).

Le Triomphe de la mort (1562) de Pieter Bruegel (c. 1526-1569) est un tableau d’une grande complexité narrative et visuelle, une caractéristique fondamentale des œuvres de ce peintre. Celle-ci implique un ensemble de procédés visuels – profusion et enchevêtrement des figures, réduction et marginalisation des détails signifiants, paradoxes, ambiguïtés et pièges visuels – qui visent à troubler le regard pour mieux susciter la spéculation et le discernement. Ce tableau fait de multiples références au livre de l’Apocalypse, mais en l’absence de tout juge divin il offre une image d’un pessimisme inédit, le triomphe absolu de la mort sans espoir de salut. À rebours de la conception chrétienne de la mort – comme transition vers la vie éternelle pour les élus ou vers la seconde mort pour les damnés – le Triomphe de la mort de Bruegel serait selon certains auteurs une « apocalypse séculaire ». Nous allons ici reconsidérer cette affirmation en interprétant le tableau à la lumière de la métaphore chrétienne de la souricière du diable (muscipula diaboli ) et de la notion d’image piège.

Ill. : Bruegel, Le Triomphe de la mort, détail

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