Giorgione, un mythe de l’histoire de l’art ? – Michel Hochmann

Giorgio Barbarelli da Castelfranco, dit Giorgione (né et mort à Venise, 1477-1510) est le premier grand peintre vénitien du Cinquecento italien. Alors que bien des mystères entourent la vie de cet artiste, Longhi affirme que Giorgione fut, dès ses débuts, un grand novateur. Il évoque la douceur nuancée et aérienne de son oeuvre, par la courbe d’un geste, d’une pause, par l’harmonie d’un groupe. Parmi ses tableaux, la Judith de Leningrad, la Pala de Castelfranco, l’admirable Madeleine en buste, laTempête, chef-d’oeuvre qui est au musée de l’Accademia,  il faut citer la Vieille mais aussi la Vénus, qui se trouve à Dresde. Cette oeuvre a inspiré Chassériau pour son tableau la Nymphe endormie. Ce grand peintre dont on sait peu de choses et pourtant admiré, fait parti des grands mythes de l’histoire de l’art.

Depuis le XVIe siècle, Giorgione est considéré comme l’un des plus grands génies de la Renaissance. Il aurait fondé l’école de peinture vénitienne, aux côtés de Giovanni Bellini et de Titien. Il aurait été également l’un des inventeurs du genre du paysage et aurait révolutionné la technique de la peinture à l’huile. Le caractère mystérieux d’un grand nombre de ses tableaux suscite depuis toujours une multiplicité de commentaires qui cherchent à en percer le sens. Pourtant, depuis quelques décennies, certains historiens prétendent que sa réputation est en partie usurpée et qu’il s’agit d’une sorte de mythe qu’ils entreprennent de démonter. Ils considèrent en effet que le catalogue des œuvres qu’on lui attribue est en grande partie erroné, que son rôle a été très surestimé, et qu’il n’a pas été aussi novateur que le prétend l’historiographie.

 Nous voudrions examiner ces nouvelles hypothèses, ainsi que les données les plus récentes qui ont été rassemblées autour de Giorgione, pour réaffirmer que l’artiste joua bien, selon nous, un rôle central à cette époque. Malgré de nombreuses incertitudes, les quelques œuvres qu’on peut lui attribuer démontrent en effet que, du point de vue du style comme de celui de l’iconographie, il instaura une rupture décisive dans le cours de l’histoire de l’art : il devint ainsi le modèle dont s’inspirèrent un grand nombre de jeunes peintres qui découvrirent son œuvre, comme Titien, Sebastiano del Piombo ou Dosso Dossi.

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