Félix Vallotton : le secret derrière la porte

Gilles GENTY

Historien de l’art

Spécialiste des peintres Nabis, Maurice Denis et ses amis, il a publié plusieurs ouvrages dont la monographie consacrée à Paul Rabson. Commissaire et co-commissaire, parmi lesquelles « Maurice Denis » Le temps des Nabis, présentée à Montréal, 1998, « Les Trois âges du symbolisme français » 1999, « De Caillebotte à Picasso », « De Gauguin aux Nabis, le droit de tout oser » au musée de Lodève en 2010, en 2015 « Affiches et estampes de Toulouse-Lautrec »  présentée au Musée des Beaux-Arts de Montréal.

Félix Vallotton (1865-1925) intrigue, déroute, mais surtout fascine. Né dans une famille de la bonne bourgeoisie de Lausanne, il se rend en France, comme son compatriote Théophile Alexandre Steinlen (1859-1923), pour y parfaire son éducation artistique. Très cultivé (il tint sa vie durant un passionnant Journal et fut un remarquable écrivain et critique d’art), il s’engage dans l’aventure des jeunes revues artistico-littéraires et des feuilles satiriques, et se frotte, comme les peintres Paul Signac et Maximilien Luce, aux milieux anarchistes. Sans se départir de sa parfaite facture picturale, il se plait dès lors à décrypter, avec un réalisme mordant à la Jules Renard dont il est si proche, les travers de la société, les écarts de conduites, les incohérences de la morale commune. Comme le résume si bien le critique Francis Jourdain, ce huguenot critique et inquiet, morose et burlesque, « ne cessera de scruter les beautés du Laid que pour soigneusement examiner les laideurs du Beau ». Longtemps confidentiel, sa peinture aura pourtant une grande influence sur la « Nouvelle Objectivité » en Allemagne dans les années 1920-1930 et fascine aujourd’hui nombre de peintres contemporains.

Ill. : Félix Vallotton, La Baie de Trégastel

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