Deux collections dans la Guerre le musée des Beaux-Arts et Paul Rosenberg 1939-1945

Avec Marc Favreau

Marc Favreau est conservateur du Patrimoine au musée des Beaux-Arts de Bordeaux responsable des collections des XVII et XVIIIe siècles.

Historien d’art il a écrit plusieurs articles dans des revues scientifiques, il a publié « Portaits de Bordeaux, vues et plans », et à paraitre prochainement « Le château de Cadillac du XVIIe siècle à nos jours ».

Argumentaire

Jean-Gabriel Lemoine (1891-1970) dirigeait le musée de Peinture et de Sculpture de Bordeaux depuis quelques mois lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata. Son projet de rénovation des lieux et de restauration des collections se heurta à la préservation et l’éventuel déplacement des œuvres. Le maire Adrien Marquet s’impliqua dans les opérations de déménagement mais dut suivre les instructions que Jacques Jaujard, directeur des Musées nationaux, imposa face à la montée des périls. Les œuvres de « 1ère urgence » gagnèrent différents dépôts dont la localisation s’éloigna de Bordeaux à cause du nombre croissant des bombardements alliés. Les autres pièces de la collection se trouvèrent dans des réserves improvisées, laissant l’espace du musée aux expositions de la propagande nazie.

Par ses relations avec Paul Rosenberg (1881-1959) pour un projet d’exposition des arts en France aux XIXe et XXe siècles, Lemoine se trouva impliqué dans le sauvetage du fonds du marchand d’art parisien dès 1940. Celui-ci s’était réfugié dans la banlieue bordelaise et avait réparti ses peintures entre le coffre d’une banque libournaise et les murs de la demeure qu’il louait à Floirac. Une correspondance inédite retrace les tentatives de sauvetage des peintures, notamment celle d’Henri Matisse qui avait renouvelé son contrat avec Rosenberg en juillet 1939. Malgré les efforts du conservateur bordelais, la Gestapo fit main basse sur les œuvres et les envoyèrent à Paris alors que leur propriétaire, réfugié à New York, croyait encore à leur préservation.

A partir de 1945, Rosenberg, aidé de son frère Edmond et de son fils Alexandre, commença à récupérer son bien et sollicita le témoignage de Lemoine en vue de certaines restitutions. Le marchand en profita pour proposer au conservateur un nouveau projet d’exposition d’« art moderne » dont ils partageaient le goût et la conviction. Mais le destin en décida autrement.

Avec des pièces d’archives inédites, nous présenterons ces six années au cours desquelles deux hommes cultivés et passionnés par l’art n’eurent de cesse de sauver leurs collections des tourments de la guerre.

 

conservateur du patrimoine au musée des Beaux-Arts de Bordeaux

 

 

 

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