La Pomme et le Portrait chez Cézanne – Denis Coutagne

Paul Cézanne, né le 19 janvier 1839 à Aix-en-Provence, est mort le 22 octobre 1906 dans la même ville. Membre du mouvement impressionniste, il est considéré comme le précurseur du cubisme.

Rainer Maria Rilke a plaisir à rappeler un mot favori du peintre à propos de son travail pictural : « réalisation ». Cézanne ne peignait pas des images, ne figurait pas des paysages. Il entendait seulement « réaliser ». Ainsi, s’appropriant l’exprérience de Chardin, qui avait su donner à ses natures mortes d’être autre chose que des images de cuisine, Cézanne donne aux fruits de « perdre tout caractère comestible, tant ils ont pris réalité de choses, tant leur présence têtue les rend indestructibles ».

De fait, dans ses « réalisations », que ce soit dans ses portraits comme la Femme à la Cafetière ou ses natures mortes, comme la Bouteille de peppermint, on pourrait y lire un même immobilisme, une même aération, une même sérénité. Pourrait-on se poser la question : peignait-il un portrait comme une nature morte, une nature mortre comme un portrait ? Peignant la nature, Cézanne interroge la peinture elle-même, dans sa capacité à signifier un au-delà. Comme le dit Denis Coutagne dans son ouvrage « Cézanne » paru en 2003 aux éditions Taschen,  » il n’y a pas de pélerins d’Emaüs mais des joueurs de cartes ; il n’y a pas de figure de Madonne mais de magnifiques figures modernes ; il n’y a pas de pain et de vin sur un autel, mais des pommes et une bouteille mal équilibrée sur une nappe chiffonnée ».

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