Un chef-d’œuvre de la Renaissance sous le signe de Diane : Delorme, Cellini et Goujon au château d’Anet

Emmanuel lurin

Maître de conférences en histoire de l’art moderne, université Paris-Sorbonne

Maître de conférences en histoire de l’art moderne à l’université Paris-Sorbonne, il enseigne l’histoire des arts de la Renaissance en Italie et en France. Spécialiste du XVIe siècle, il travaille principalement dans les domaines de l’estampe, de l’architecture civile et des jardins, ainsi que sur l’étude savante des antiquités classiques à l’époque moderne. Au musée d’Archéologie Nationale, il a assuré en 2010 le commissariat scientifique d’une exposition consacrée au Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye. Ses derniers travaux portent sur l’architecture et les arts de cour au temps d’Henri IV.

Le château d’Anet compte parmi les bâtiments les plus « extraordinaires » de la Renaissance française qui fut conçu à partir des années 1540 dans un moment de grande effervescence intellectuelle et artistique en France. A la fin du règne de François Ier, alors que les projets se multiplient à la cour, une nouvelle génération d’artistes et d’écrivains stimulée par l’exemple des Anciens, cherche à ouvrir les voies d’un art classique « à la française ». Sur le chantier d’Anet, l’imitation de la culture antique, des monuments romains, des techniques et des arts dans lesquels avaient d’abord excellé les Anciens semble avoir été érigé en principe par la commanditaire, en bonne intelligence avec Philibert Delorme et les principaux artistes. Ces multiples références à la civilisation gréco-romaine sont le signe d’une très forte curiosité « antiquaire », remarquablement adaptée à la conception du lieu. Diane de Poitiers était en effet une femme influente et de grande culture qui occupait une position de demi-reine à la cour de France du fait de son « amitié » avec Henri II. Philibert Delorme, qui avait fait le voyage d’Italie, était quant à lui un artiste-lettré, excellent architecte qui nourrissait déjà de fortes ambitions de théoricien. A Anet, il a construit pour la belle Diane une superbe maison seigneuriale dans un style ouvertement classicisant, mais qui se voulait aussi extrêmement singulier : un bâtiment exceptionnel qui serait le palais, le temple et la villa de Diane.

 

Ill. : Portrait de Diane de Poitiers, 1499-1566

 

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